Un atelier et un spectacle autour du rapport au corps : tango argentin et acrobatie poétique


Les inscriptions pour l’atelier “Sensibiliser à notre rapport au lien à travers le tango argentin” que j’animerai avec Eric Norbert le vendredi 13 mai 2022 10h-17h restent ouvertes. Vous en retrouverez la description ici. Pour vous inscrire, vous pouvez m’adresser directement un mail à fhatchuel@orange.fr.

Par ailleurs, je vous invite à aller voir le très beau spectacle d’acrobatie poétique “Möbius” par la compagnie XXY que j’ai vu en novembre à la Villette et qui se rejoue le samedi 2 avril à 17h au théâtre de Sartrouville. Le tarif étudiant.e est particulièrement intéressant (10€) et, grâce à Marie-Claude Martin, ancienne du parcours CliFo et administratrice du théâtre, des places sont réservées aux étudiant.e.s et ancien.ne.s du parcours. Merci de vous inscrire dès que possible auprès de resa@theatre-sartrouville.com en précisant que vous réservez dans le cadre du partenariat avec le parcours de master de Nanterre mis en place par Françoise Hatchuel et Marie-Claude Martin. Vous trouverez ci-dessous une restitution de mes éprouvés après ce spectacle, que vous pouvez lire ou non avant d’y aller. Dans tous les cas, je vous remercie de ne pas les diffuser. Nous pourrons prendre un temps, au cours de l’atelier “tango” pour élaborer ensemble autour de ce que ce spectacle nous dit du lien. Mais vous pouvez aussi bien entendu aller voir le spectacle sans participer à l’atelier.

Bien cordialement

Françoise

Regard subjectif sur Möbius, spectacle de la compagnie XXY

Ielles sont dix-huit. Parfois quatorze, treize, six, deux ou un.e. Ielles courent, se croisent, s’unissent, se séparent. De toutes les façons possibles. A l’horizontale, à la verticale, avec virtuosité ou lenteur.  Libres, grave, joyeux ; et humains. Totalement humains.

Une troupe. Une troupe qui nous offre un spectacle, à nous spectateurs et spectatrices qui ne pouvons leur offrir en retour que nous attention silencieuse et concentrée. Mais peut-être n’est-ce pas tout à fait rien. J’ai eu la sensation de les aider un peu, sur le même mode que quand je soutiens une prise de parole dans un groupe que j’anime.

Chacun.e porte à sa façon, pousse tire, hisse… Ielles jouent avec la difficulté, sans s’y engluer, sans la dénier. Et donnent à voir et à vivre (le spectacle vivant, ça faisait si longtemps !). Ielles ne défient pas les lois de la pesanteur (j’ai failli écrire « l’apesanteur »…) : la pesanteur est bien là mais jamais nous n’avons été si près de notre rêve de nous en affranchir tout en sachant à la fois ce que ce rêve coûte et ce qu’il nous offre de poésie, ce qu’il nous impulse de dépassement. Souvent, en regardant un spectacle qui m’impressionne je me dis : « on ne joue pas dans le même film ». Là, si. Leur film est le mien. Celui de la comédie humaine.

Pas de paillette, d’artifice ou de mensonges. Juste du travail qui se donne à voir. Travail individuel (souplesse, endurance, technique, agilité des corps) et travail collectif dans tout ce qu’il comporte de dimension de lien et d’attention à l’autre ; à ses possibilités, à ses prises de risques, à ses attentes, conscientisée (déploiement du groupe en sécurisation des pyramides les plus audacieuses) ou plus archaïques, inscrites dans les corps (une main qui accompagne, un pied qui agrippe et y prend du plaisir). La mise en scène est telle qu’on a l’impression de voir une caméra venir zoomer en gros plans sur ces aspects. Mais peut-être est-ce seulement ma subjectivité qui peut se déployer et se focaliser. J’ai, en tout cas, été touchée par cette volonté de ne pas faire disparaître ce qu’on tente d’effacer d’habitude, les signes concrets de l’effort : la sueur, les expressions de tension ou de sollicitude, qui rendent encore plus belles celles de joie ensuite.

Le travail, la solidité, la difficulté, le soin que demande l’exploit. Ielles nous font vivre les deux en même temps, la difficulté et l’apparente facilité, l’unité et la diversité, la grâce et l’ancrage, la légèreté et l’effort, qui ne sont, à chaque fois, que les deux faces, en continuité, d’une même réalité, à l’image du célèbre ruban de Möbius qui donne son titre au spectacle.

De la même façon, le nom de la compagnie (XY) me renvoie aux questions d’identité sexuée. X et Y sont en effet à la fois les inconnues habituelles des équations mathématiques et les deux chromosomes différenciateurs du féminin et du masculin. Nous recevons tou.te.s un chromosome X issu de notre génitrice et (sauf pour quelques rares cas d’intersexuation) un chromosome X ou un chromosome Y de notre géniteur, qui détermine notre sexe biologique. Or, ces questions d’identité sexuée sont venues me questionner durant le spectacle. Là où j’utilise d’habitude la graphie il.el pour écrire de façon dite « inclusive », j’ai ici opté, pour la première fois, pour le prénom « iel » prononcé non pas pour inclure les deux genres mais pour ne pas avoir à choisir entre les deux. Ce qui ne signifie pas qu’ils n’existent pas, mais qu’ici ils ne sont pas déterminants. « Iel » m’a semblé adapté car Möbius m’a fait ressentir comment l’androgénéité, si elle m’a d’abord interrogée, est finalement devenue accessoire, mettant finalement en avant des corps singuliers qui s’allient et se quittent, créant des figures mouvantes et en réinvention permanente. A l’image de ce que pourrait être un groupe.